| Pays | Royaume-Uni |
|---|---|
| Genre | Rockblues rockhard rockrythm and bluespop |
| Années actives | Depuis 1962 |
| Site officiel | http://www.rollingstones.com/ |
The Rolling Stones est un groupe rock britannique originaire de Londres, en Angleterre. En activité depuis 1962, il est l'un des plus vieux groupes de rock encore en activité à ce jour.
Fondé par le guitariste et saxophoniste Brian Jones en 1962, le groupe se compose très vite du pianiste Ian Stewart, du chanteur Mick Jagger, du guitariste Keith Richards, du bassiste Dick Taylor et du batteur Mick Avory. Ces deux derniers sont rapidement remplacés par Bill Wyman (basse) et Charlie Watts (batterie). Ian Stewart est écarté de la formation officielle en 1963 par le manager Andrew Loog Oldham. Resté très proche du groupe, Stewart sera le pianiste de session puis accompagnateur des Stones sur scène jusqu'à sa mort en 1985. Le nom du groupe s’inspire de la chanson Rollin' Stone de Muddy Waters (qui est l’une des plus grandes sources d’inspiration du groupe).
Les premiers succès du groupe au Royaume-Uni et aux États-Unis sont des reprises de standard du Rythme and Blues et du Rock and roll, notamment des chansons du pionnier Chuck Berry. Fidèles à leurs racines blues, les Stones deviennent des acteurs majeurs du « British blues boom ». Mick Jagger et Keith Richards, dont l’influence au sein du groupe est grandissante, signe sous le nom de plume « The Glimmer Twins » leur première composition originale avec The Last Time (1964). En 1965, les Rolling Stones lancent le tube (I Can't Get No) Satisfaction, qui propulse le groupe au rang de star internationale, et entreprennent leur première tournée aux États-Unis.
À partir de l'album Aftermath (1966), le groupe s’intègre progressivement dans la culture populaire. Leur diversité stylistique est enrichie par les expérimentations instrumentales de Brian Jones. Ce dernier meurt début juillet 1969, peu de temps après avoir été évincé du groupe. Il est remplacé par Mick Taylor. Après Sympathy for the Devil sur le 45 tours Beggars Banquet (1968), le groupe enchaîne les albums à succès avec Let it Bleed (1969), Sticky Fingers (1971) et Exile on Main St. (1972). La ballade Angie, sorti en 1973 sur l’album Goats Head Soup est l’un des plus gros succès des Stones. Ronnie Wood, ex guitariste des Faces remplace Mick Taylor.
Après l'album Tattoo You (1981) et le succès du tube Start me up par la suite, les Rolling Stones connaissent une période trouble au milieu des années 1980. Ils signent néanmoins leur grand retour avec l’album Steel Wheels en 1989. Ils reprennent ensuite le chemin des tournées, en continu depuis les années 1990. Le bassiste Bill Wyman quitte le groupe en 1993, son rôle étant repris par Darryl Jones, mais sans être membre officiel.
Les Rolling Stones sont intronisés au Rock and Roll Hall of Fame en 1989, et Mick Jagger est fait chevalier en 2002. En 2019, leurs ventes mondiales sont estimées à plus de 240 millions, faisant d'eux le deuxième groupe le plus présent dans le Billboard Hot 100. Ils sont classés 4e dans la liste des cent plus grands artistes de tous les temps du magazine Rolling Stone. Leur image de « mauvais garçons » véhiculée dans les années 1960 a été une référence pour des générations de musiciens de rock. Après six décennies de carrière, les membres continuent de se produire en concert, sans signe de retraite. Le batteur Charlie Watts meurt le à l'âge de 80 ans, il est remplacé depuis par Steve Jordan, non membre officiel du groupe.
Mick Jagger, Keith Richards et Bill Wyman sont les trois membres fondateurs du groupe encore en vie actuellement ainsi que Mick Avory (batterie) et Dick Taylor (basse) qui ont été membres éphémères en 1962.
Historique
Formation et débuts (1960-1963)
Création du groupe
Le , Mick Jagger et Keith Richards, deux amis d'enfance — ayant fréquenté la même école depuis la maternelle puis s'étant perdus de vue — se retrouvent par hasard sur le quai de la gare de Dartford. Mick a avec lui des disques de blues de Chuck Berry et le Best of Muddy Waters. Mick et Keith ont aussi un ami en commun, Dick Taylor, un guitariste qui joue avec Mick dans son groupe Little Boy Blue & The Blue Boys et qui étudie dans l'école de Keith, la Sidcup Art. Mick invite Keith à le rejoindre dans ce groupe tout juste naissant, qui de groupe n'a cependant que le nom, puisque le seul public de leur courte carrière consistera en la mère de Dick Taylor, qui autorise le groupe à répéter chez elle.
De son côté, Brian Jones, après avoir rencontré Alexis Korner, l'un des pionniers du blues britannique, lors d'un concert à Cheltenham, décide de déménager à Londres avec Pat Andrews, la mère de son enfant. Désireux de monter son propre groupe, il passe une petite annonce dans Jazz News fin 1961. Il pense appeler son groupe les Rollin' Stone, d'après un titre de Muddy Waters. Brian Jones donne rendez-vous aux postulants au pub Bricklayers'arms sur la Berwick Street (en). Le pianiste Ian Stewart répond à l'annonce et lui présente d'autres musiciens dont le chanteur Andy Wren et le guitariste Geoff Bradford. Peu à peu, la première mouture des Rolling Stones se forme avec Brian Jones et Geoff Bradford aux guitares, Ian Stewart au piano, Paul Pond (qui office sous le nom de P.P. Jones) au chant. Le poste de batteur est fluctuant : plusieurs batteurs payés au concert se succèdent dont Charlie Watts et Mick Avory (futur Kinks).
En avril 1962, le Blues Incorporated, groupe monté par Alexis Korner et ouvert à de nombreux musiciens, joue ses premiers concerts. Parmi les musiciens qui montent sur scène, Jack Bruce, Ginger Baker, Charlie Watts et aussi le groupe formé par Brian Jones. Ce dernier qui se produit sous le nom d'Elmo Lewis, impressionne le public en jouant de la guitare slide (à l'époque inconnue en Angleterre). Mick Jagger, Keith Richards et Dick Taylor rejoignent le Blues Incorporated mais tendent à s'éloigner du rhythm and blues pur et dur pour jouer du rock'n'roll (notamment du Chuck Berry et Jimmy Reed). Brian Jones rencontre pour la première fois Mick Jagger, Keith Richards et Dick Taylor le au Ealing Jazz Club.
Paul Pond ne souhaitant pas vraiment être le chanteur de ce qui sera les Rolling Stones, quitte le groupe. Alexis Korner suggère à Brian Jones, Mick Jagger qui a fait sa place dans le Blues Incorporated. Ce dernier impose alors son ami Keith Richards ainsi que Dick Taylor. Geoff Bradford quitte le groupe. Ian Stewart, Brian Jones, Mick Jagger, Keith Richards et Dick Taylor forment l'ossature du groupe qui prendra en juin le nom de « Rollin' Stones » avant de s'appeler « Rolling Stones ». Selon Keith Richards, c'est Brian Jones qui a trouvé le nom du groupe, alors qu'il est au téléphone en train de prospecter pour obtenir des engagements pour des concerts. Alors qu'on lui demande le nom de son groupe, il cite le premier nom qu'il a sous les yeux : le titre d'un morceau de Muddy Waters, Rollin' Stone. Néanmoins, il semblerait que cette anecdote ne soit qu'une légende, puisque d'après Ian Stewart, dès sa première rencontre avec Brian Jones à la suite de l'annonce dans Jazz News, Brian Jones avait déjà décidé de nommer son futur groupe « Rollin' Stones », avec une apostrophe.
Mick, Keith et Brian emménagent au 102 Edith Grove dans le quartier de Chelsea. C'est une période de vaches maigres, avec des difficultés pour se nourrir et se chauffer. Ils vivent de chapardages et des maigres cachets obtenus pour quelques petits concerts. C'est à cette période que Philip Townsend prend les photos qui circuleront à travers les plus grandes galeries du monde, comme les toutes premières des Stones. Ils habitent six mois en colocation avec James Phelge (nom qui servira de base au pseudonyme « Nanker Phelge » utilisé par les Stones à leurs débuts pour certains de leurs titres). Néanmoins, cette période est musicalement faste pour Brian et Keith, qui passent de longues journées à travailler leur jeu de guitare.
Le premier concert et des rencontres déterminantes
Le premier concert des Stones se passe au Marquee à Londres, le . Le groupe est alors composé de Brian Jones, Mick Jagger, Keith Richards, Ian Stewart au piano, Dick Taylor à la basse et Mick Avory à la batterie. Les Rolling Stones jouent comme interval band, juste une demi-heure, le temps que le groupe principal se repose. Ils interprètent Dust My Broom, Bright Lights, Big City, Ride them Down, Bad Boy, Back in the USA, et Down the Road Apiece. Ce soir-là, Keith lance à Brian cette phrase tristement célèbre : « Tu n'arriveras pas à trente ans, pas vrai ? »
Dick Taylor part ensuite former les Pretty Things. Le poste de batteur est toujours aléatoire, oscillant entre Tony Chapman et Mick Avory. Les Stones cherchent un bassiste, en décembre 1962, Tony Chapman leur présente Bill Wyman, au Red Lion Club qui leur plaît immédiatement, peut-être grâce à ses amplis, denrée rare à l'époque, mais aussi grâce à ses capacités : il est plus âgé de sept ans que Mick et Keith, et joue déjà depuis de nombreuses années dans son groupe les Cliftons, avec Tony Chapman, tout en étant amateur. Les batteurs des Stones étant trop instables, Charlie Watts, qui connaissait bien Mick et Brian pour avoir joué avec eux, se joint à eux définitivement en , laissant sa place au sein des Blues Incorporated à Ginger Baker. Le , les Rolling Stones jouent leur premier concert avec la formation qui persistera jusqu'à l'exclusion de Brian Jones : Mick Jagger au chant, Keith Richards et Brian Jones aux guitares, Bill Wyman à la basse, Charlie Watts à la batterie et Ian Stewart au piano (ce dernier quittera le groupe quelques mois plus tard, sous l'impulsion d'Andrew Loog Oldham).
Le , le groupe enregistre une démo à l'IBC Studio de Portland Place, à Londres - avec comme ingénieur du son le futur mythique Glyn Johns - composée de reprises de Rhythm & Blues. Le , les Beatles rencontrent pour la première fois les Rolling Stones au club Station Hotel Richmond, club où les Stones jouaient le soir-même. La première photo officielle du groupe en concert, prise par Dezo Hoffmann, date du : Mick, Charlie, Brian, Bill et Keith (seuls visibles) participent à un gala de bienfaisance organisé par le journal News of the World à Battersea. Les Stones joueront régulièrement au Ealing Club, puis au Crawdaddy, club que vient d'ouvrir Giorgio Gomelsky. De quelques dizaines de spectateurs, l'audience passe rapidement à plusieurs centaines, dépassant les capacités de la salle.
Les Beatles viennent de sortir leur premier album Please Please Me. Andrew Loog Oldham, jeune publicitaire de 19 ans, qui a déjà travaillé avec Brian Epstein, Bob Dylan et Little Richard, associé au manager Eric Easton, ne rêve que de rencontrer et manager « ses » Beatles. Dans son parcours des clubs de Londres, il entre un jour au Crawdaddy (sur les conseils de Peter PD Jones, journaliste qui avait chroniqué les Stones après les avoir vus au Crawdaddy Club), et voit les Stones. C'est la révélation, il sera leur manager : il signe avec eux un contrat de management dès le lendemain, le .
Le premier single : Come On
Avec leur nouveau manager, leur carrière décolle. Le , la maison de disques Decca et son directeur artistique (A&R) Dick Row, célèbre pour avoir refusé les Beatles, leur fait signer un contrat artistique. Au moment de la signature, le groupe change de nom pour The Rolling Stones.tandis que le pianiste Ian Stewart est soustrait de la formation officielle par Andrew Loog Oldham pour des raisons de « look ». Néanmoins, indispensable (« Stu » est souvent appelé « le sixième Stone »), Ian continue de travailler avec le groupe dont il est l'un des fondateurs, comme claviériste, et comme road manager (après en avoir été le chauffeur attitré), très apprécié jusqu'à sa mort en 1985. Keith affirme qu'il fut toujours véritablement le liant du groupe ; et Mick résume ainsi cette collaboration en déclarant « Stu fut le gars que nous nous efforcions de satisfaire ».
Deux jours plus tard le , Decca leur fait enregistrer leur premier single, avec en face A, une reprise de Chuck Berry, Come On et en face B, I Want to Be Loved de Willie Dixon. Ce premier disque leur permet d'entrer discrètement dans les charts britanniques, et de se faire remarquer par la presse.
Le 7 juillet 1963, ils font leur première apparition télévisée dans l'émission Thank Your Lucky Stars de Pete Murray. Leur look, pourtant conventionnel de nos jours, paraît outrancier. Leurs cheveux longs, qui recouvraient juste les oreilles, font scandale. Ce look original et leur attitude parfois méprisante donnent des idées à Andrew Loog Oldham. Afin de se démarquer des Beatles, apparus un peu plus tôt et dont la popularité est exceptionnelle, le jeune manager des Stones leur crée une image de « mauvais garçons », en opposition aux allures de « gentils gendres » des Fab Four. Jagger et sa bande cultivent leur différence, refusant très rapidement le costume-cravate, insistant sur leur chevelure, et défraient la chronique par leurs frasques. Celui qui est surtout visé pour son côté « mauvais garçon », n'est ni Mick Jagger, ni Brian Jones, mais Bill Wyman qui, du groupe, est celui qui possède les cheveux les plus longs et qui a toujours une mine renfrognée. C'est aussi lui qui est à l'origine de la première des nombreuses frasques du groupe : il est condamné pour avoir uriné sur le mur d'une station-service.
C'est à cette époque que Brian Jones commence à manquer quelques concerts pour des raisons de santé, et à se perdre dans ses conquêtes féminines et leurs conséquences. Il a déjà deux enfants. Sa position de leader du groupe est de plus en plus contestée depuis l'arrivée d'Oldham. Lors d'un concert à Liverpool, les Stones découvrent que Brian Jones reçoit un salaire supplémentaire en qualité de leader du groupe. Cette révélation est le début d'une fissure entre Brian Jones et le reste du groupe, qui aboutira à terme, conjointement à son épuisement physique, (dûe à la consommation excessive de drogue et d'alcool) et mental, à son exclusion en .
Le second single et le premier EP
Leur carrière prend un tournant définitif : les concerts deviennent quotidiens, Bill Wyman et Charlie Watts quittent leur emploi pour intégrer les Stones à plein temps, Mick Jagger laisse tomber ses études. L'appartement à Edith Grove abandonné, Keith, Mick et Andrew habitent ensemble dans un nouveau logement, où va débuter une nouvelle collaboration : Andrew oblige Mick et Keith à travailler ensemble, à l'image de McCartney et Lennon, sur l'écriture des chansons. Cette volonté est dictée par le fait qu'il était difficile pour les Rolling Stones de trouver quelque chose de neuf à jouer et parce que beaucoup de chansons de leur répertoire étaient jouées par d'autres groupes anglais (dont les Beatles), ce qui ne les aidait pas à se démarquer des autres. Par conséquent, le second single du groupe devant contenir les reprises Fortune Teller et Poison Ivy est refusé durant l'été.
Oldham a même sollicité les Beatles pour leur écrire I Wanna Be Your Man en septembre, que le groupe enregistre et publie en single en novembre, avec en face B une improvisation du groupe, créditée Nanker Phelge, intitulée Stoned. Le single sort quelques jours après l'enregistrement et se classe à la douzième place au Royaume-Uni. Si le single rencontre un succès mineur, l'exemple des Beatles, qui composent eux-mêmes leurs chansons, pousse Jagger et Richards à tenter l'expérience. Jagger disait à Keith Richards : « Ça a l'air facile de faire des chansons. On pourrait essayer. ».
En , à Mapesbury Road, Oldham oblige Keith et Mick à composer une chanson. La légende veut qu'Andrew ait enfermé Mick et Keith dans une cuisine, en leur interdisant d'en sortir tant qu'ils n'auraient pas écrit une chanson. D'après la légende, ils lui auraient soumis As Time Goes By, que le manager renomme immédiatement As Tears Go By et fera enregistrer par la jeune chanteuse britannique Marianne Faithfull. Il semblerait cependant que la première chanson à être sortie de cette cuisine au matin soit It Should Be You. Cette chanson sera enregistré une première fois par George Bean, un chanteur de la maison de production d'Oldham.
En , le groupe publie son premier EP intitulé simplement The Rolling Stones, comportant quatre reprises enregistrées en août et en novembre dernier. C'est le premier no 1 de leur carrière et ils peuvent donc se concentrer sur leur premier album.
Envol (1964-1967)
Premiers albums et découverte de l'Amérique (1964)
En janvier et , le groupe enregistre en cinq jours au Regent Sound Studios leur premier album dans des conditions rudimentaires. Le 21 février, le groupe publie la reprise des Crickets Not Fade Away en single, avec en face B une composition originale intitulée Little by Little. Le single se classe à la troisième place, un score meillleur par rapport aux deux premiers singles. Deux mois plus tard, l'album, simplement intitulé The Rolling Stones, sort le sans la chanson Not Fade Away (il était habituel de ne pas inclure les chansons sorties en single sur les albums au Royaume-Uni). L'album, qui comporte en grande partie des reprises et trois compositions originales (dont Tell Me You're Coming Back), connait rapidement le succès à sa sortie en arrivant en tête de classement au Royaume-Uni.
Inspirés par la première visite des Beatles aux Etats-Unis en février 1964 où ceux-ci connaissent au même moment un important succès, les Rolling Stones décident de tenter à leur tour l'aventure américaine. Dans ce contexte, le premier album des Stones est édité aux Etats-Unis sous le nom de England's Newest Hit Makers avec l'inclusion de la reprise Not Fade Away (absente de la version britannique) le 30 mai 1964. Le , les Rolling Stones quittent Londres pour commencer leur première tournée américaine, deux mois avant la première tournée nord-américaine des Beatles. Après un passage le au Hollywood Palace TV Show présenté par Dean Martin qui se moque de leurs coiffures et de leur prestation, la tournée organisée par Eric Easton (l'associé du producteur et manager du groupe Andrew Loog Oldham) commence deux jours plus tard à San Bernardino en Californie et se termine quinze jours après avec deux concerts au Carnegie Hall de New York. La première tournée américaine des Rolling Stones est un désastre, selon Wyman. « À notre arrivée, nous n'avions aucun tube [là-bas], rien qui nous permette de nous faire connaître. » Si le public des côtes est et ouest ont répondu à l'appel, le concert à San Antonio au Texas est un échec, où les spectateurs qui préfèrent les groupes locaux ont hué sur le groupe.
Début juin, au début de la tournée, le groupe se rend dans les fameux studios Chess à Chicago (là où sont enregistrés de nombreux standards de blues de leurs idoles Muddy Waters ou Chuck Berry) pour deux jours de session d'enregistrement le 10 et . De cette session sont tirés le nouveau single britannique It's All Over Now (une nouvelle reprise), premier single n°1 du groupe, puis un nouvel EP intitulé Five by Five, qui sort au Royaume-Uni en août.
Après une nouvelle tournée britannique et quelques sessions studios au Regent Sound (où a été enregistré le premier album) pour quelques sessions studios au Regent Sound, le groupe retourne aux Etats-Unis pour une deuxième tournée avec onze concerts dans onze villes dont Chicago et Sacramento entre le et le . Selon le batteur Charlie Watts : "l'Amérique, ce n'était qu'une plaisanterie quand nous sommes arrivés, mais quand nous en sommes repartis, nous avions un public et lorsque nous sommes revenus, nous avions un hit. Ce fut difficile, mais à chaque fois le public devenait plus nombreux". La nouvelle tournée américaine est précédée par les sorties du single américain Time Is on My Side en septembre qui se classe à la sixième place, et du second album américain 12 X 5 en octobre qui reprend le contenu de l'EP Five by Five, en plus de nouvelles chansons, incluant des singles. Ce sera le début de la grande disparité entre la discographie anglaise et américaine du groupe jusqu'en 1967 avec Their Satanic Majesties Request.
Au cours de la seconde tournée nord-américaine, les Rolling Stones apparaissent au Ed Sullivan Show, puis participent au concert télévisé du T.A.M.I. Show les 28 et à Santa Monica en Californie rassemblant des artistes américains aux côtés de figures de la British Invasion. C'est au cours du tournage du T.A.M.I. Show que le groupe sympathise avec l'arrangeur de Phil Spector, Jack Nitzsche. Ce dernier, qui jouera par la suite sur de nombreux enregistrements studios du groupe, leur présente l'un des meilleurs ingénieurs du son de RCA, David Hassinger. C'est le début d'une longue collaboration avec l'ingénieur, avec lequel désormais ils vont enregistrer la quasi-totalité des chansons à partir du 2 novembre jusqu'à août 1966 dans son studio à Los Angeles, des sessions programmées en fonctions des dates de tournées. Avant la fin de la seconde tournée, le groupe finalise son second album britannique avec un second passage chez Chess à Chicago le 8 novembre. Ils y retourneront une troisième et dernière fois en mai 1965.
La reprise Little Red Rooster, sortie en single le 13 novembre 1964 au Royaume-Uni, est le second n°1 du groupe, malgré son aspect blues dont le groupe commençait à se détacher à cette époque. Le second album intitulé britannique The Rolling Stones No. 2 sort enfin le et atteint la première place des classements. Un mois plus tard sort la version américaine renommée The Rolling Stones, Now! (où il était le troisième album américain) qui reprend une partie de la version britannique.
Consécration (1965)
Mick Jagger et Keith Richards décollent enfin comme compositeurs, tout d'abord avec As Tears Go By (qu'ils n'enregistrent pas dans un premier temps et qu'Oldham offre à Marianne Faithfull), puis avec Heart of Stone, sortie en single en Amérique du Nord en décembre 1964 (à la place de Little Red Rooster), où elle se classe à la 19e place aux Etats-Unis et à la première place au Canada (la chanson sortira au Royaume-Uni un an plus tard). La chanson The Last Time, qui sort en single en février, est la première chanson originale du groupe à atteindre la première place sur le sol britannique. Ce succès se concrétise avec le single (I Can't Get No) Satisfaction qui atteint la première place des classements au Royaume-Uni, mais aussi en Amérique du Nord (et dans de nombreux autres pays). Les singles suivants, Get Off of My Cloud et 19th Nervous Breakdown, connaissent le même sort que Satisfaction. Ces textes assoient la position des Stones qui arrivent désormais à évoluer au sommet comme les Beatles. Néanmoins, les textes des Stones se différencient beaucoup de ceux des Beatles par leur contenu. Si les Fab Four signent des bluettes bien sentimentales et innocentes (du moins à leurs débuts), les Stones se distinguent par leur ton ironique et sarcastique sur la société et leurs rapports aux femmes, parfois qualifiés de sexistes.
La version américaine de l'album Out of Our Heads (publiée en ) est en tête des ventes. Il comprend sept chansons originales (quatre créditées de Nankin Phelge et trois de Jagger/Richards). À la fin du même mois, au moment de la sortie du tube (I Can't Get No) Satisfaction, un autre évènement change l’histoire du groupe : le contrat entre Decca et Impact Sound - la société des producteurs Andrew Loog Oldham et son associé Eric Easton chargée de gérer l'image et les enregistrements du groupe depuis 1963 - ayant expiré en mai n'est pas renouvelé car les deux gestionnaires se sont fâchés et séparés après qu'Oldham a découvert que son associé utilisait son édition pour verser au groupe les droits d'auteur des chansons créditées Nanker Phelge[pas clair]. Andrew décide de contacter l'homme d'affaires américain Allen Klein, afin de remplacer son associé et de signer un nouveau contrat avec Decca avec un plus gros cachet pour le groupe (600 000 $ d'avance et 700 000 $ par an jusqu'en 1974, fin de durée du contrat). Si les membres sont généralement enthousiastes pour ce contrat, le bassiste Bill Wyman est inquiet et regrette de ne pas avoir fait relire le contrat par un avocat avant de le signer. Cela leur portera préjudice en 1971 quand le groupe se séparera de Klein et de Decca, où ils perdent les droits d'auteur de leur discographie jusqu'en 1970.
En septembre, le groupe retourne au studio RCA pour enregistrer une nouvelle série de chansons qui serviront de base pour le nouvel album américain December's Children (And Everybody's) prévu pour décembre suivant. Plus tard dans le même mois, la version britannique de Out of Our Heads est publiée où elle atteint la seconde place des ventes juste après l'album Help! des Beatles et ne contient que six chansons sur douze en commun, et trois proviennent de la session de septembre. Leur nouveau tube, Get Off of My Cloud (no 1 des deux côtés de l'Atlantique) paraît à l'automne 1965, suivi d'un autre album américain December's Children (And Everybody's). Entre-temps, le groupe, fatigué, se lance dans une nouvelle tournée américaine durant presque cinquante jours à la fin de l'automne, qui se termine à Los Angeles le . Après cela, le groupe reste en ville pour travailler de nouvelles chansons une nouvelle fois au RCA, dont le temps alloué au studio s'est prolongé à trois jours d'affilée (la réalisation des chansons lors de la session précédente est considérée comme précipitée et réalisée dans l'urgence). On retrouve parmi elles principalement le nouveau single 19th Nervous Breakdown qui sort deux mois plus tard en à la seconde place des deux côtés de l'Atlantique, et principalement des chansons pour le prochain album du groupe, Aftermath.
Tournant psychédélique d'Aftermath et Between the Buttons (1966)
En 1966, les Rolling Stones publient l'album Aftermath, premier disque à ne comporter que des compositions originales. Dans leur premier chef-d'œuvre, le groupe introduit (en particulier sous l'impulsion de Brian Jones) des influences psychédéliques et de la musique indienne : on peut notamment rappeler le sitar de Paint It, Black (dans la foulée de celui entendu joué par George Harrison sur Norwegian Wood des Beatles), le dulcimer sur Lady Jane ou les marimbas de Under My Thumb. L'album rencontre le succès en arrivant en tête des classements au Royaume-Uni et à la seconde place aux États-Unis (derrière un album américain des Beatles).
L'année 1966 voit également une nouvelle succession de tournées (moins intenses que l'année précédente). Du au , le groupe se rend en Australie et en Nouvelle-Zélande en jouant deux concerts par date. Après une pause de trois semaines durant lesquels ils retournent enregistrer de nouvelles chansons au studio RCA (pour l'album Aftermath et le single Paint It, Black), les Stones tournent en Europe du au . Après la sortie de l'album, le groupe reprend la route, cette fois-ci aux États-Unis et au Canada du au .
Du 3 au , après la tournée américaine, le groupe retourne une dernière fois au studio RCA pour commencer à travailler le prochain album, avant que l'ingénieur du son du studio qui les enregistre depuis ne soit viré par le label du studio pour avoir produit The Electric Prunes pour son compte. Par la suite, le groupe décide de retourner enregistrer à Londres. La session suivante se déroule donc aux studios IBC pour la suite de ce qui avait été commencé à Los Angeles. Durant ces deux session est enregistrée la chanson Have You Seen Your Mother, Baby, Standing in the Shadow?. Mais à sa sortie en single en septembre, elle n'atteint pas tout à fait le haut du classement (cinquième au Royaume-Uni et neuvième aux États-Unis) contrairement aux précédentes chansons, en raison du mixage désastreux.
Après la tournée britannique qui a lieu du au , le groupe se rend au studio Olympic (là où ils avaient enregistré leur premier single Come On trois ans plus tôt) pendant près d'un mois du au pour finir l'album Between the Buttons. C'est durant ces sessions que le groupe décide de choisir ce studio pour les prochains enregistrements d'albums jusqu'en 1969, dont la qualité sonore est supérieure à celles des précédentes productions que le groupe avait connu.
Sorti en , l'album Between the Buttons continue sur la même lancée que l'album précédent Aftermath avec la flûte mélodieuse de Brian sur Ruby Tuesday mais contient aussi des morceaux de rock comme Connection et des influences « music-hall ». Le succès commercial sera moindre par rapport aux albums précédents (troisième au Royaume-Uni et second aux États-Unis). En revanche, le single "double face A" Let's Spend the Night Together / Ruby Tuesday est une réussite.
La chanson Let's Spend the Night Together fait un tel scandale à sa sortie que lors des apparitions sur les plateaux TV, notamment le très couru Ed Sullivan Show, Mick Jagger se voit obligé de marmonner « Let's spend some time ».
Their Satanic Majesties Request : arrêt des tournées et déboires (1967)
1967 sera une année particulière pour les Rolling Stones, tant artistique que privée, voire judiciaire, et des premiers problèmes qui vont ébranler le groupe et particulièrement Brian Jones. Après la sortie de Between the Buttons en janvier, le groupe commence à travailler sur le prochain album. En attendant, l'année 1967 est surtout consacrée aux activités parallèles et les Stones s'investissent dans différents projets personnels. Keith Richards s'achète la maison de Redlands, qui sera l'une des bases du groupe, Bill Wyman fait de la production, Brian Jones compose une bande originale de film et forme avec Anita Pallenberg un couple médiatisé, icône du Swinging London. C'est aussi l'époque des vacances : en février et en mars, le groupe profite du temps libre avant la prochaine tournée européenne. Ainsi, Brian, Keith, Anita Pallenberg, Mick et sa nouvelle petite amie Marianne Faithfull partent en vacances au Maroc.
Sur le plan sentimental, Brian Jones connaît aussi de nombreux déboires. Alors qu'il est hospitalisé pour une crise d'asthme en France sur le trajet d'un voyage au Maroc, Keith Richards entame une liaison avec sa petite amie Anita Pallenberg. Lorsqu'il reviendra de convalescence, Keith, Anita (mais aussi Mick Jagger et Marianne Faithfull) abandonneront Brian au Maroc, sans lui laisser un mot. Cette rupture sera le début de tensions entre les deux guitaristes du groupe et le début de la fin pour Brian Jones.
Mais le groupe connaît d'importants déboires judiciaires cette année-là. Le , Mick Jagger et Keith Richards sont arrêtés au domicile de Keith à Redlands pour possession de drogues. Vite relaxés, ils ne feront pas de prison, en dehors des quelques jours dans l'attente de leur comparution. Le quotidien The Times viendra à leur secours avec un éditorial en leur faveur, prémices du changement de société en cours. Parmi les nombreux soutiens de tous bords les Who sortiront immédiatement un 45 tours en solidarité, avec 2 compositions des Stones. Si Mick et Keith arrivent à se sortir de leurs ennuis judiciaires, Brian Jones, lui, connaît plus de difficultés. Arrêté une première fois en , puis une deuxième fois en , il vit très mal cette situation et souffre de dépression nerveuse.
Avec ces problèmes judiciaires et internes, le groupe se retrouve contraint d'arrêter les tournées pendant deux ans. Après avoir tourné de façon ininterrompue depuis leurs débuts, donnant entre 250 et 300 concerts par an, le groupe effectue sa dernière tournée européenne du au . Il est le premier groupe du bloc de l'ouest à jouer un concert de rock en Pologne le . Mais la venue dans ce pays, ainsi que les deux concerts joués ce soir-là ne plaît pas forcément aux autorités. Le groupe ne retournera pas jouer avant de nombreuses années dans les pays du bloc de l'est. Le groupe joue son dernier concert le à Athènes en Grèce avec Brian Jones. Comme les Beatles, les Rolling Stones avaient subi depuis leurs débuts l'hystérie des foules dans les salles et en dehors, phénomène que l'on appelait la beatlemania. Particulièrement éprouvants, les concerts des Stones tournaient souvent à l'émeute à cause des fans qui tentaient de monter sur scène ou des bagarres dans le public. De nombreuses fois, les Rolling Stones furent contraints de s'enfuir de scène au bout de quelques minutes poursuivis par des fans. Les coûts des dégâts et le nombre de blessés sont parfois importants comme à Blackpool, à La Haye ou Paris.
Le reste de l'année, le groupe investit pendant six mois le studio Olympic pour enregistrer leur nouvel album, le plus ambitieux et le plus psychédélique qu'ils aient fait. Pensant que le groupe n'avance pas dans ce nouveau projet, le producteur Andrew Loog Oldham s'en va au milieu des sessions. Le groupe finit seul l'album avec l'aide de l'ingénieur du son Eddie Kramer pour le mixage..
Sur le plan musical, l'album Their Satanic Majesties Request qui sort en décembre 1967 et qui porte largement la patte expérimentale de Brian Jones, bien qu'opposé initialement au projet ne voulant pas sortir de la droite ligne du blues, n'aura sur le moment qu'un succès mitigé, déconcertant par son côté planant quelques fans du blues pur et dur. Deux titres toutefois émergent : She's a Rainbow et 2000 Light Years from Home. La couverture de l'album innove en présentant une photo du groupe en relief (3D) sur film gaufré. Cette expérience ne sera pas reprise sur les éditions vinyle suivantes, ni CD, de l'album. La photographie est signée de Michael Cooper qui avait travaillé quelques mois plus tôt sur les visuels de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band.
Rivalité avec les Beatles
L'opposition de style entre les Beatles et les Rolling Stones a été intelligemment fabriquée par Andrew Loog Oldham et entretenue à son instigation. Le parcours musical des deux groupes est assez parallèle : influences communes du rock 'n' roll et du rhythm and blues (même si ce dernier est plus marqué chez les Stones). Bien que dans les médias, les Rolling Stones incarnent les « mauvais garçons » (Oldham n'avait pas hésité à interroger : « Laisseriez-vous votre fille sortir avec un Rolling Stone ? ») et les Beatles, les « gentils garçons », les membres des deux groupes s'apprécient et se côtoient dans le privé. Les Beatles, John Lennon et Paul McCartney offrirent même la chanson I Wanna Be Your Man aux Rolling Stones pour lancer leur carrière en 1964 et firent les chœurs sur la chanson We Love You en 1967. Brian Jones joua plus tard sur certains titres des Beatles comme Baby, You're a Rich Man ou You Know My Name.
Mick Jagger et Keith Richards appréciaient particulièrement la musique des Beatles. Les deux seront d'ailleurs présents dans le studio de la BBC, accompagnés de Marianne Faithfull (petite amie de Mick à l'époque) lors de la diffusion live et en mondovision, le du fameux All You Need Is Love. Sur la vidéo, on reconnaît Mick et sa veste bleu ciel avec des motifs marron psychédéliques. Comme tous les heureux participants, il tape dans ses mains en chantant le refrain.
Toujours en 1967, le même trio participe au tournage du clip A Day in the Life et on peut les voir dans ce clip discuter avec John Lennon.
Les deux groupes évitaient aussi de sortir leurs singles et leurs albums en même temps pour ne pas se concurrencer. La frontière entre Beatles et Stones était ténue. Alors que les médias accusaient les Stones de prendre des drogues, les Beatles en prenaient aussi. Paul McCartney fut d'ailleurs la première rock star à dire à la presse qu'il avait pris du LSD en 1967. Lors de la descente de police à Redlands où de la drogue fut trouvée dans le domicile de Keith Richards en 1967, parmi les convives se trouvaient un Beatle, George Harrison, qui ne fut pas inquiété, étant parti avant l'arrivée de la police.
Néanmoins lors d'une interview donnée au magazine Rolling Stone en 1970, John Lennon déclara que les Rolling Stones copiaient les Beatles et faisaient tout deux mois après eux.
Années dorées (1968-1972)
Retour aux affaires et adoption de l'accord ouvert (1968)
L'année 1968 est décisive pour les Stones. Musicalement, avec l'échec de Their Satanic Majesties, le groupe a perdu du terrain face à ses concurrents. La musique du moment subit une véritable mutation apportée par des groupes comme The Jimi Hendrix Experience, The Doors ou Grateful Dead, et l'épicentre du rock s'est déplacé d'Angleterre vers la Californie. Alors que les Beatles concoctent leur Album blanc, que The Who enregistre son opéra-rock Tommy, les Stones marquent leur grand retour en revenant aux racines du blues et du rock, d'abord avec le single Jumpin' Jack Flash, puis avec l'album Beggars Banquet. L'album est très influencé par son époque et l'esprit de contestation qui flotte dans l'air. Des titres comme Street Fighting Man, Jigsaw Puzzle ou Sympathy for the Devil font référence aux émeutes qui éclatent un peu partout dans le monde occidental. Depuis la descente de Redlands, Mick Jagger s'est positionné dans une attitude de défiance et de rébellion vis-à-vis de l'ordre établi. Des titres comme Sympathy for the Devil témoignent aussi de l'influence de Marianne Faithfull sur Mick Jagger. Cette dernière l'a initié à une certaine culture littéraire puisque la chanson est inspirée du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.
L'album, dont toute la prise de son possède une qualité technique (Parachute Woman, No Expectations, Salt of the Earth...) supérieure encore à celle du Going Home d'Aftermath, remet les Rolling Stones en selle avec des morceaux comme Sympathy for the Devil et Street Fighting Man qui vont asseoir leur réputation de « greatest rock & roll band in the world ».
En 1968, Keith Richards adopte un open tuning de sol, et retire la 6e corde — la plus grave — de sa guitare, ce qui marque le nouveau son des Rolling Stones pour les albums qui suivront. Cet accordage, communément utilisé par les bluesmen, change la façon de composer des Stones, et se retrouve sur des titres tels que Jumpin' Jack Flash, Street Fighting Man, You Can't Always Get What You Want, Honky Tonk Woman, Gimme Shelter, Happy, Start Me Up.
Mort de Brian Jones et arrivée de Mick Taylor (1969)
Brian Jones, bien que leader dès l'origine, est exclu du groupe en . Cela faisait quelques années que le guitariste des Stones était à l'écart dans le groupe. Depuis que le duo Mick Jagger/Keith Richards s'était imposé dans la création musicale du groupe, Brian Jones avait perdu de son influence et vivait mal cette situation. L'abus de drogues et d'alcool, les diverses arrestations ainsi que le fait qu'Anita Pallenberg, son ancienne petite amie soit désormais dans les bras de Keith Richards n'avaient pas arrangé ses relations avec le reste du groupe. Les participations de Brian aux albums sont de plus en plus erratiques comme le montre une des séquences du film de Jean-Luc Godard réalisé en 1968, Sympathy for the Devil. Il a du mal à se concentrer et à jouer en studio, les techniciens du son allant jusqu'à le laisser interpréter un morceau tout en lui coupant son micro de manière à ne pas enregistrer de fausses notes sur la piste. Plus grave pour le groupe, ses problèmes judiciaires ne lui permettent plus de suivre le groupe en tournée, puisque les États-Unis ne lui délivreront pas de visa. Incapable d'assurer les enregistrements studio et les concerts, il est remplacé par Mick Taylor et se retire du groupe le . Quelques semaines plus tard, Brian Jones meurt le , noyé dans sa piscine.
Le grand retour à la scène date du , lors du concert gratuit à Hyde Park, devant près de 500 000 personnes, le premier depuis deux ans et demi, pour l'intronisation du nouveau guitariste Mick Taylor, qui vient de chez John Mayall (qui a fait découvrir Eric Clapton et Peter Green). Pour rendre un hommage à Brian Jones, décédé 2 jours plus tôt, Mick Jagger lit à cette occasion un poème de Percy Bysshe Shelley : Adonais. Mick Taylor contribue à renforcer les racines blues des Rolling Stones et sa participation aux albums Exile on Main Street et Sticky Fingers marqueront le retour à des compositions et des productions plus épurées. Le concert d'Hyde Park est le prélude à une grande tournée aux Etats Unis, où ils n'ont plus joué depuis trois ans. La grande tournée qui contient vingt-trois dates et dix-sept villes, démarre le . Le spectacle est très bien rodé et le groupe apparaît plus professionnel qu'il ne l'a jamais été. La tournée américaine de 1969 sera immortalisée par l'album en public Get Yer Ya-Ya's Out!, où les riffs de Keith Richards et les solos de Mick Taylor sont d'une efficacité redoutable.
L'album Let It Bleed, qui paraît en , est le dernier album auquel Brian a participé, même s'il ne s'agit que de deux morceaux. L'album se situe dans la lignée de Beggars Banquet. Il est aussi « violent » que l'album précédent avec des titres tels que Gimme Shelter, You Can't Always Get What You Want et surtout Midnight Rambler (qui évoque Albert DeSalvo, l'étrangleur de Boston et deviendra un classique sur scène). Le titre Let It Bleed (Que ça saigne !) est assez représentatif de ce qui s'est passé autour des Rolling Stones lors de l'année 1969, avec notamment la mort de Brian Jones et le concert meurtrier d'Altamont (voir plus bas).
Fin tragique de la décennie : Altamont, départ de Decca et perte du catalogue (décembre 1969 et 1970)
À la fin de l'année 1969 et durant l'année 1970, les Rolling Stones sont confrontés à deux évènements majeurs et tragiques qui vont changer leur histoire : le fiasco d'Altamont en marquant la fin des années 1960 et la perte du catalogue de la décennie au moment où le groupe quitte le label Decca en 1970.
À l'issue de leur tournée américaine de 1969 qui marque leur grand retour aux États-Unis, et regrettant de n'avoir pu jouer au festival de Woodstock, les Stones décident de donner un concert-événement gratuit, le . La préparation est catastrophique en raison de la difficulté à trouver un lieu pour le concert. D'abord envisagé à San José puis à San Francisco, c'est finalement le circuit d'Altamont qui est choisi. Le concert rassemble plus de 300 000 personnes. Au fil des prestations des groupes en première partie, de violentes bagarres éclatent, notamment entre les Hells Angels payés en bières par les Stones pour assurer la sécurité, et le public. La prestation des Stones est émaillée de nombreux incidents. Alors que le groupe joue Under My Thumb, un adolescent noir de 18 ans, Meredith Hunter, est poignardé à de multiples reprises par un Hells Angel, alors qu'il n'est qu'à quelques mètres de la scène et qu'il brandit une arme, qui ne sera jamais retrouvée. La scène est filmée et apparaît dans le documentaire Gimme Shelter. Ce mini-festival, qui fera quatre morts, marque la fin de l'utopie hippie et amène les Stones à être plus rigoureux dans l'organisation de leurs concerts. Cet évènement, avec la séparation des Beatles l'année suivante, l'affaire Charles Manson, les morts en série d'artistes morts à 27 ans (« le club des 27 ») comme Brian Jones, marque aussi la fin des années 1960.
Mick Taylor apporte une certaine virtuosité à la musique du groupe. Avec la séparation des Beatles, les Rolling Stones se retrouvent au premier plan et peuvent prétendre au titre de « plus grand groupe de rock'n'roll » (titre officieux qu'ils s'étaient arrogés dès la tournée 1969).
En 1970, paraît le second album live du groupe, Get Yer Ya-Ya's Out!, considéré comme un des meilleurs albums live de l'histoire du rock. Ce sera le dernier disque du groupe chez Decca. Le contrat, qui arrive à son terme, n'est pas renouvelé et le groupe quitte officiellement Decca (à la limite de la banqueroute malgré ses très fortes ventes et ses tournées à guichets fermés) en après la fin des sessions d'enregistrements du disque suivant. Les Rolling Stones se rendent en exil fiscal en France, la maison de disques n'ayant pas payé les impôts sur leurs droits d'auteurs. Trois semaines plus tard, les Stones se séparent de l'homme d'affaires Allen Klein après avoir découvert avec stupeur qu'ils ont perdu leurs masters et les droits d'édition de leur discographie jusqu'en 1970. Désormais, celle-ci est gérée par ABKCO, la société de Klein.
Nouveau départ et exil (1971-1972)
En 1971, les Rolling Stones sortent l'album Sticky Fingers avec la célèbre pochette fermeture-éclair, dessinée par Andy Warhol. C'est le premier disque à sortir sous leur label The Rolling Stones Record fondé à peine deux mois plus tôt. Les références au sexe et à la drogue sont explicites, les compositions sont excellentes (Brown Sugar, Wild Horses, Bitch, Sister Morphine, Dead Flowers). Mick Taylor apporte un nouveau souffle au groupe qui entame la même année une tournée d'adieu au Royaume-Uni. C'est en effet en France, sur la Côte d'Azur que le groupe pose ses valises pour échapper au fisc anglais. En 1972, le groupe sort son premier double album Exile on Main St. dont la plupart des titres sont enregistrés dans la villa Nellcote, à Villefranche-sur-Mer où réside Keith Richards, ainsi que dans la Bastide du Roy à Antibes où réside Mick Jagger et Bianca enceinte. De nombreux invités (Bobby Keys, Gram Parsons...) participent à l'album et aux interminables sessions d'enregistrement ponctuées par les injections d'héroïne, drogue à laquelle Keith s'adonne. L'album ne contient pas vraiment de hit majeur, sauf Tumbling Dice et Happy chanté par Keith Richards. La chanson Sweet Black Angel, est un hommage à Angela Davis, et le blues y est omniprésent. L'album n'est pas très bien accueilli par la critique, mais cette même critique le classera vingt ans plus tard parmi les dix meilleurs albums de tous les temps (Rolling Stone Magazine).
À la suite de l'album, les Stones se lancent dans une gigantesque tournée aux États-Unis où ils ne sont plus retournés depuis Altamont. La tournée (intitulé STP : Stone Touring Party, jeu de mots sur le STP qui est une amphétamine — le 2,5-Diméthoxy-4-méthylamphétamine) a son cortège de sexe, drogues, rock'n'roll et télévisions défenestrées par Richards et Bobby Keys dans un hôtel. Le film-documentaire Cocksucker Blues tourné par Robert Frank pendant la tournée nord américaine en témoigne mais ne sortira pas, car présentant une vision trop crue du groupe (drogues, groupies, destruction de chambres d'hôtel, scènes d'orgies dans un avion). Une polémique porte sur ce film, car différentes scènes auraient été mises en scène.
Années sombres (1973-1989)
Derniers albums avec Mick Taylor (1973-1974)
En 1973, l'inspiration du groupe s'appauvrit, Keith R
Top Titres
1
Paint It, Black
2
Gimme Shelter
3
Sympathy for the Devil
4
Paint It Black
5
Under My Thumb
6
You Can't Always Get What You Want
7
Wild Horses
8
Angie
9
Brown Sugar
10
(I Can't Get No) Satisfaction - Mono Version
Top Albums

